La Louve

16:43 09 novembre in Innovation

Un supermarché collaboratif à Paris : la réplique d’un modèle américain vieux de 40 ans

LA_LOUVE_logoInterview de Maëlanne Bonnicel, Membre du Comité de Pilotage de l’Association,
par Maÿlis de Laboulaye

La Louve, c’est le pari de deux américains, Tom Boothe et Brian Horihan, amoureux de la gastronomie et de Paris. Le concept : rendre accessible à tous des produits de qualité, autant que possible bio, locaux ou issus d’agriculture responsable, en échange d’un peu moins de 3h de travail par mois. Il s’agit de la réplication d’un modèle qui a fait ses preuves aux Etats-Unis. Tom Boothe et Brian Horihan se sont en effet inspirés de la Park Slope Food Coop à Brooklyn, un supermarché collaboratif qui existe depuis les années 70. Aujourd’hui, ce supermarché s’étend sur 1 750 m² (dont 650 m² d’espace de vente), compte plus 16 000 adhérents et dégage un chiffre d’affaires de plus de 59 millions de dollars. Une belle réussite…qu’ils ont voulu répliquer à Paris, dans le 18ème.

 

Quels objectifs sociaux pour La Louve ?

La complexité du projet de La Louve est à l’image de la pluralité des besoins sociaux auxquels elle répond, par un modèle économique innovant. Le premier objectif est d’impliquer les consommateurs pour rendre accessibles des produits alimentaires sains, de première qualité, à des ménages modestes. Par son activité même, La Louve soutient aussi le développement de l’agriculture locale, biologique et respectueuse de l’environnement. Enfin, en s’implantant et mobilisant des habitants d’un même quartier, La Louve favorise la mixité sociale tout en renforçant la vie de quartier.
La Louve se voudra également un lieu de sensibilisation aux enjeux alimentaires tout en étant un lieu d’échange et de partage autour de la nourriture. A la Park Slope Food Coop, des pancartes détaillées informent de la provenance et du circuit des produits, les membres votent démocratiquement les orientations stratégiques et environnementales : Faut-il des sacs plastiques ? Faut-il de la viande ? Faut-il du Nutella ?… A Brooklyn, l’activité d’une des membres consiste même à informer les consommateurs sur les qualités nutritionnelles des aliments, en arpentant les rayons du supermarché.

La Louve voudrait aller encore plus loin pour renforcer le lien social dans le quartier en proposant une garde d’enfants, des animations et des échanges autour de l’alimentation dans ses futurs locaux.

Comment sont garantis les prix bas des produits?

Devanture local La Louve

La Louve, tout comme la Park Slope Food Coop, fonctionne en circuits courts : en négociant directement auprès des producteurs des prix de gros et en supprimant donc les marges intermédiaires. La Louve économise également une partie du coût de sa main d’œuvre par rapport à un supermarché classique. Ce modèle d’autogestion et à but non lucratif permet de garantir des prix bas tout en payant un prix juste aux producteurs. En outre, La Louve proposera une offre exhaustive de produits alimentaires…ou non alimentaires pour que chaque personne puisse y faire l’ensemble de ses courses. Le modèle de La Louve bouleverse ainsi les codes du supermarché traditionnel : aucun marketing, aucun merchandising, pas de logique d’approvisionnement automatique….de nombreuses références garantissent un taux de roulement des produits très important (76 fois par an contre 13 fois par an en moyenne pour les produits d’un supermarché traditionnel). En termes de chiffres, La Louve vise à l’ouverture – fixée à l’automne 2015 – la distribution de 5 000 références, pour 15 salariés et 3 000 membres.

 

Quelle est la genèse du projet ? Où en est le projet actuellement

L’idée du projet a vu le jour en 2009. Deux ans plus tard, est fondée l’Association Les Amis de la Louve, qui a pour objet la création du Supermarché Collaboratif La Louve. En 2012, un groupement d’achats est créé pour permettre à ses membres d’accéder à des produits de qualité à des prix raisonnables, initiant ainsi des partenariats avec les futurs fournisseurs du supermarché collaboratif. Aujourd’hui, l’Association a grandi et rassemble plus de 400 membres. Soutenue par la Mairie du 18ème arrondissement et par la Mairie de la Ville de Paris, l’Association vient de s’installer dans un local temporaire à la Goutte d’Or…en attendant d’investir les futurs locaux du supermarché à Simplon.

Quel essaimage des pratiques américaines ?

Le démarrage de la Park Slope Food Coop en 1973 visait à permettre aux habitants de son quartier l’accès aux produits alimentaires de qualité. La Coopérative a progressivement grossi et les demandes d’adhésion ont explosé au moment de la crise en 2008, essentiellement par le bouche à oreille. La Park Slope Food Coop met à disposition des ressources pour accompagner les coopératives en projet sur le même modèle. Il n’existe pas de manuels ou d’outils particuliers : la réplication est donc très libre. Cependant, face à la demande croissante, la Park Slope Food Coop a créé un fonds pour aider les nouvelles coopératives à se développer aux Etats-Unis.

La Park Slope Food Coop entretient un lien de confiance avec La Louve et lui met à disposition de nombreuses ressources humaines et opérationnelles pour aider la nouvelle structure à se développer. La Louve a cependant revu et adapté son modèle en modifiant certaines règles établies à Brooklyn. Ainsi, si à Brooklyn, toutes les personnes d’un même foyer doivent être membres pour bénéficier de l’accès aux produits, il ne suffira que d’un membre par foyer à Paris et les membres du foyer pourront se partager leur créneau de travail. En revanche, les principes fondamentaux restent les mêmes que la Park Slope Food Coop : coopération, communauté, accès aux produits et bien-manger.

idéeQuelques conseils pour des entrepreneurs qui souhaitent s’inspirer de l’international :

  • « Il est difficile d’avoir un véritable recul sur la réplication tant que le projet n’a pas complètement abouti. Cependant, dans notre phase actuelle de réplication, nous nous rendons compte qu’il faut faire attention à ne pas répliquer exactement le modèle original. Il est en effet nécessaire de l’adapter selon les spécificités du pays, du secteur et de ses habitants. »

Interview réalisée par  Maÿlis de Laboulaye